Désir sexuel et relation : mieux se comprendre pour mieux s’épanouir

23 mars 2026
Écoute aussi mon intervention sur le sujet à Radio-Canada !

Des définitions pour partir sur les mêmes bases

 

Désir ou libido? On peut retrouver plusieurs définitions différentes et quand on veut en parler en suivi, vaut mieux établir une définition commune. Alors commençons par ça.

 

Le désir sexuel, c’est l’anticipation positive d’activités sexuelles. Tu as sûrement aussi déjà entendu parler de libido, un terme plutôt utilisé pour décrire la fréquence à laquelle le désir sexuel se manifeste. Ce que j’aime bien établir comme définitions communes lors des consultations, c’est que la libido représente l’appétit sexuel, tandis que le désir sexuel est lié l’anticipation positive de ce que l’activité sexuelle va nous apporter. Après tout, on peut bien avoir envie de manger du chocolat même si on n’a pas faim! 😉

 

Le désir… la libido… Ça va, ça vient ! 😉

 

Il peut arriver que la libido décide de partir en voyage en oubliant de nous amener avec elle, ou bien qu’elle s’emballe et essaie de prendre toute la place dans notre cerveau. Dans les deux cas, ce n’est pas toujours ce qu’on voudrait. Côté désir, il arrive qu’il soit aligné avec la libido, mais aussi qu’il fasse son indépendant. Par exemple, le désir et la libido pourraient décider de danser un tango langoureux lors de moments de plaisirs solitaires, alors que lors d’un moment propice avec notre partenaire, le désir se sauve. Mais pourquoi ?!

 

Les différences de désir sexuel ou de libido entre partenaires sont des motifs très fréquents de consultation. La personne ayant le moins de désir est souvent désignée comme ayant un problème à régler, alors que la dynamique relationnelle joue souvent un rôle principal (ou au moins secondaire) dans la fluctuation du désir.

 

Mais qu’est-ce qui influence le désir sexuel et la libido ?

 

Le désir sexuel, tout comme la libido, peut varier en fonction de nombreux aspects de ta vie, comme:

 

  • Les variations hormonales
  • La prise de médication
  • La consommation d’alcool et de substances
  • La santé psychologique ou physique
  • Le stress, l’anxiété ou la charge mentale
  • La satisfaction dans la relation et la vie sexuelle
  • L’image corporelle, l’estime et la confiance en soi
  • Les valeurs et croyances personnelles
  • Etc, etc, etc.

 

Il est donc important de considérer un bilan de santé physique et de consulter un.e sexologue pour bien comprendre tout ce qui peut influencer ta propre situation.

 

Plein gaz ou les deux pieds sur le frein?

 

Emily Nagoski, autrice du livre « Réjouissez-vous: Une nouvelle approche scientifique qui transformera votre vie sexuelle », explique entre autres que notre cerveau gère aussi notre désir sexuel plus ou moins consciemment selon les contextes. Elle compare les mécanismes impliqués à une pédale d’accélérateur et à une pédale de frein.

 

Par exemple, si ton.ta partenaire fait quelque chose qui attise ton désir (accélérateur), mais que ton enfant frappe à la porte (frein), tu risques d’appuyer sur le frein temporairement pour gérer la situation.

 

Les freins sont importants pour éviter de se retrouver dans des situations délicates ou non propices aux relations sexuelles. Ça nous permet de réguler nos comportements (ex: ne pas faire l’amour dans l’allée des fruits et légumes à l’épicerie). Sauf que parfois, on peut avoir le réflexe d’appuyer sur le frein alors qu’il n’y a pas nécessairement d’obstacle réel ou incontournable (ex: ne pas avoir le temps de faire l’amour parce qu’on fait la vaisselle). Connaître ce qui stimule ton désir (accélérateur) et ce qui le freine (frein) te permet donc d’ajuster ton expérience plus consciemment.

 

L’impact du stress et de l’anxiété sur le désir sexuel

 

Si le désir sexuel est une anticipation positive, l’anxiété, elle, représente une anticipation négative. Le stress est une réaction à un danger présent, alors que l’anxiété, c’est d’anticiper négativement des événements qui ne se sont pas encore produits. Ton corps, lui, ne fait pas la différence entre une menace réelle ou imaginaire. Il réagit comme si un danger immédiat (ex: un lion) te menaçait. Résultat : il produit du cortisol, l’hormone du stress, et te met en mode survie.

 

En mode survie, ton corps considère le désir sexuel (mode reproduction) comme non prioritaire et le met de côté jusqu’à ce que la menace perçue disparaisse. Pour beaucoup, l’anxiété peut donc réduire ou même bloquer le désir sexuel. Une chance, quand même! Sinon le lion aurait mangé tous nos ancêtres pendant qu’ils continuaient d’essayer de se reproduire… L’espèce humaine n’aurait pas fait long feu!

 

Réduire le stress et l’anxiété est donc favorable à ressentir plus facilement du désir sexuel.

 

Comme dans tout, ce n’est pas le cas pour tout le monde ou dans toutes les circonstances. Pour certaines personnes le stress/anxiété peut avoir l’effet inverse… Les études scientifiques amènent diverses théories physiologiques, psychologiques et comportementales pour expliquer ce phénomène. Des résultats montrent que la montée de cortisol peut entraîner une augmentation de dopamine liée au plaisir et à la récompense, stimulant ainsi le désir sexuel. Le cerveau associerait ainsi l’activité sexuelle, qui libère des endorphines et de l’ocytocine, à une forme de soulagement ou de récompense face au stress. Un stress aigue pourrait également stimuler la production de testostérone qui joue un rôle clé dans la libido et le désir sexuel. Mais ce n’est pas tout! Comme les signaux d’excitation sexuelle peuvent être similaires à ceux d’un état de stress, il peut aussi arriver de confondre excitation et stress.

 

On pourrait donc aussi ressentir un désir sexuel pendant un moment de stress ou d’anxiété.

 


 

Le cercle vicieux de la différence de désir sexuel entre partenaires

 

Lorsque le désir sexuel est différent entre les partenaires pendant une période prolongée, il peut arriver que la personne qui ressent moins de désir sexuel vive de l’anxiété à l’idée de devoir refuser un rapprochement sexuel. Elle peut même craindre que son partenaire mette fin à la relation si ses désirs sexuels ne sont pas répondus.

 

De l’autre côté, la personne ayant plus de désir peut éventuellement décider de cesser d’essayer de faire les premiers pas dans la séduction par peur de se voir encore refuser ses avances ou d’être considérée comme harcelante. Il y a souvent un mélange de découragement, de déception, d’anxiété et de frustration qui plane dans l’air.

 

Cette situation peut grandement nuire à l’estime de soi des partenaires et à la dynamique relationnelle, notamment au niveau de l’intimité affective et du consentement.

 

Dans plusieurs relations, la différence de désir sexuel engendre ainsi une dynamique d’évitement et
d’éloignement, contribuant à une distance émotionnelle et physique grandissante. L’absence de désir sexuel est aussi souvent confondue avec une absence de sentiment amoureux, augmentant la détresse relationnelle et l’écart de désir. Si on recherche la confirmation que notre partenaire nous aime et que d’avoir une relation sexuelle nous rassure à ce niveau, c’est normal que notre cerveau se mette à y penser de plus en plus à mesure que l’anxiété relationnelle monte.

 

Heureusement, il y a des stratégies pour rétablir l’intimité, la connexion, la confiance, la satisfaction, peut-être même le désir, mais surtout, le plaisir!

 

Par quoi on commence ?

 

Commençons par explorer ensemble les éléments qui influencent ta réalité. Comme chaque personne et chaque dynamique relationnelle est unique, il vaut mieux identifier les facteurs qui contribuent à ce qui se passe réellement dans ta vie à toi et non à celles des voisins. On retrouve des multitudes d’informations sur internet, dans les livres, dans les études. Mais est-ce qu’elles s’appliquent vraiment à ton expérience à toi?

 

Pour éviter de te lancer sur des pistes qui ne t’aideront peut-être pas, je préfère te proposer de commencer directement par une évaluation personnalisée de ta situation.

 

  • Certaines personnes préfèrent débuter par un suivi individuel pour explorer sans tabou ce qui influence leur propre désir sexuel.
  • D’autres choisissent de débuter en suivi de couple (ou de polycule, selon leur contexte relationnel) pour mieux comprendre leur dynamique et trouver des stratégies adaptées leur permettant de rétablir leur bien-être relationnel.

 

L’important, c’est de commencer quelque part.

 

Trouvons ensemble ce qui rendrait ta vie plus épanouissante!

 

 

 

Bibliographie

  • American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mentaldisorders (5th ed.).
  • Birnbaum, G. E., Reis, H. T., Mizrahi, M., Kanat-Maymon, Y., Sass, O., & Granovski-Milner, C. (2016). Intimately Connected: The Importance of Partner Responsiveness for Experiencing Sexual Desire. Journal of Personality & Social Psychology.
  • Bozman, A.W. et J.G. Beck (1991). Covariation of sexueal desire and sexual arousal : The effects of anger and anxiety. Archives of Sexual Behavior, 20, p.47-60.
  • Brody, S., & Krüger, T. H. C. (2006). The post-orgasmic prolactin increase following intercourse is greater than following masturbation and suggests greater satiety. Biological Psychology.
  • Cumming, D. C., Quigley, M. E., & Yen, S. S. C. (1983). Acute suppression of circulating testosterone levels by cortisol in men. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism.
  • Dutton, D. G., & Aron, A. P. (1974). Some evidence for heightened sexual attraction under conditions of high anxiety. Journal of Personality and Social Psychology.
  • Love, T. M. (2014). Oxytocin, motivation and the role of dopamine. Hormones and Behavior.
  • Nagoski, E. (2015). Réjouissez-vous: Une nouvelle approche scientifique qui transformera votre vie sexuelle. Les Éditions de l’Homme.
  • Zuckerman, M. (1994). Behavioral expressions and biosocial bases of sensation seeking. Cambridge University Press.
Roxanne Labrecque-Bergeron
Sexologue
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